La notion de transmission se retrouve dans de nombreuses traditions spirituelles sous le nom de transmission, baraka, grâce, mais quel que soit le nom qu’on lui donne toutes s’accordent pour dire qu’elle vient de Dieu, que tout vient de Lui.

Le Maître ou Cheikh est celui qui nous guide et nous aide pour aller à Dieu.

Ce qui caractérise les Maîtres, c’est leur propre chemin spirituel en Dieu et la permission qu’ils ont reçue de leur propre Maître de transmettre le souffle divin, le souffle de Dieu. La caractéristique de Heartfulness, du Sahaj Marg, c’est la transmission (pranahuti), la qualité et la pureté de cette transmission. Dans les ouvrages soufis on trouve deux sortes de transmission. Dans la tradition soufie, le Maître transmet de son niveau spirituel, il « se » transmet en quelque sorte, c’est pour cela qu’il n’hésite pas à envoyer ses disciples auprès d’autres Maîtres pour recevoir ce qu’ils ont à donner. Ce n’est pas qu’un enseignement intellectuel, c’est quelque chose qui va de cœur à cœur, directement, vers l’essence.

A l’époque des Khawajas en Asie Mineure, à un moment donné un grand Maître est décédé. La chaîne des Maîtres ne s’est pas interrompue, mais il a fallu cinq générations de Maîtres avant que l’on puisse à nouveau accéder à une telle capacité de transmission. La chaîne n’a pas été interrompue, mais le niveau de transmission n’était pas le même.

Qu’est ce qui fait la valeur d’un Maître ?

C’est sa capacité à se fondre en Dieu, à ne plus exister. Là encore on le trouve dans nos traditions spirituelles : fana chez les soufis, l’anéantissement pour les chrétiens, pralaya pour les yogis dans le Vedanta. C’est toujours cette idée de ne plus être là, d’être anéanti en Dieu, notre moi disparaît.

Que reste-t-il ? Dieu, plus que Dieu.

Les plus grands Maîtres, quelle que soit l’approche ou la voie, ont développé la capacité d’extinction totale (fana al fana). Quand ils font leur travail spirituel, ils ne sont plus là.

Est-ce qu’un Maître spirituel est parfait ? Non, il ne peut pas car il est un être humain, seul Dieu est parfait.

Où réside la perfection ? Quand il n’est plus là, alors il y a Dieu.

Il y a eu beaucoup de méprises parce que les Maîtres donnent des enseignements, des pratiques, des instructions. Cela a du sens et c’est très utile, mais est-ce cela la valeur du Maître ? Ce qui fait la vraie valeur du Maître c’est ce qu’il est capable de nous transmettre directement de cœur à cœur et surtout sans interférer, sans être là, sans projeter quoi que ce soit. Nous avons la chance d’avoir de génération en génération, des Maîtres d’exception, des Maîtres extraordinaires qui sont connectés directement à Dieu, à la Source et qui ont la capacité et l’autorisation de transmission. Heureusement qu’ils sont là car nous, pauvres humains, ne pourrions pas supporter une telle intensité.

Comment et dans quelle mesure sommes-nous capables de recevoir cette transmission ?

C’est quand nous-même nous nous sommes purifiés, d’où les techniques de purification existant dans toutes les voies. Mais là encore, une grande emphase a été mise sur la purification corporelle, ce qui est bien avant de pratiquer, après il y a aussi la purification des pensées, par les prières, les mantras, les sourates, qui permettent d’être dans un certain état, mais cela ne suffit pas.

Pour pouvoir vraiment recevoir Dieu, directement, disent les Maîtres, il faut être comme Lui.

C’est-à-dire semblable à Lui, être rien, ce qui n’est pas facile.

En tant qu’être humain, être rien, qu’est-ce que ça signifie ? Comment atteindre cet état (de Rien-té) ?

C’est là que nous avons besoin d’un Maître, comme nous avons besoin d’un père et d’une mère qui, nous éduquent, nous accompagnent vers l’âge adulte, le Maître nous guide jusqu’au stade d’adulte spirituel, jusqu’à ce que nous soyons directement connectés à Dieu. En attendant nous avons besoin de notre Maître, de ses instructions, du modèle qu’il représente.

Quel type de modèle ?

Le modèle spirituel, ce qu’il est intérieurement.

Certains prêchent la connaissance, bien sûr, c’est très utile, mais ce qui est vraiment important c’est leur propre connexion à Dieu, et la connexion que nous avons à travers eux à Dieu, ou à travers la chaîne des Maîtres qui existe depuis la nuit des temps et qui nous amène à Dieu. La quête est la quête de Dieu, pas du Maître qui n’est qu’un moyen offert par Dieu à l’humanité. Nous sommes bénis quand nous pouvons rencontrer de tels hommes, de telles femmes, de tels saints, de tels mystiques capables de faire à la fois un travail de purification, d’ajustement de notre personne (toujours l’ego…), mais là n’est pas le premier rôle du Maître. Le plus important c’est de purifier notre cœur afin qu’il devienne le sanctuaire de notre rencontre, d’abord avec le Divin, et au fur et à mesure que nous plongeons dans les grandes profondeurs, avec Dieu Lui-même.

Pour cela il faut que le cœur soit totalement vide, que toutes les enveloppes d’illusions aient disparu, qu’il soit purifié des complexités, grossièretés ou samskaras (en sanskrit).

Pour cela il y a des étapes : il existe des niveaux de profondeur du cœur : un niveau superficiel, puis un niveau plus profond, celui de l’âme. Il s’agit alors du voyage de l’âme au travers des points, des chakras, dans la tradition naqshbandi et aussi dans celle du Sahaj Marg.

La première étape de la région du cœur est celle qui englobe les cinq éléments qui nous constituent. La purification de toute cette zone concerne ce que nous sommes, à notre incarnation. C’est à cela que correspond la pratique : équilibre du mental, maîtrise de ses émotions afin qu’elles ne nous envahissent pas quand nous sommes en méditation ou en contemplation ou en prière avec Dieu. C’est la première étape absolument nécessaire et c’est là que nous avons vraiment besoin du Maître qui va nous enseigner comment faire, nous aider, mais aussi qui va intensifier notre purification bien que nous ayons notre pratique journalière.

Il va nous accompagner au fur et à mesure de l’avancée de notre âme dans cette région dite du cœur pour arriver après à passer dans la région supérieure ou cosmique ou encore appelée Royaume de Dieu. Il y a toute une série de points, de chakras : à ce niveau il y a l’union avec Dieu. Cette union, que l’on trouve dans toutes les traditions monothéistes, correspond à ce point (sahasrara-chakra ou sahasra-dal-kamal). L’entrée dans la région du royaume de Dieu est ici, ensuite vous avez différents points jusque derrière la tête. A ce niveau-là nous avons décidé de nous soumettre totalement à Dieu, la voie spirituelle commence vraiment à ce niveau-là.

166-Points emplacement

Avant dans la région du cœur, nous avons travaillé, nous avons purifié, nous nous sommes fait aider par le Maître, par les formateurs, ils nous ont aidés à progresser, à ce que notre âme puisse se connecter avec la profondeur et quand nous rentrons dans cette région nous avons décidé de nous soumettre à Dieu. Parfois c’est très difficile de le faire par soi-même, et là encore le Maître est important.

C’est l’idée de soumission, d’abandon au Maître, on remet notre cœur, notre ego, on remet tout. Et quand cela peut avoir lieu, à la fin, l’ego est totalement retiré, on dit que l’on a fait notre union avec Dieu ou avec le Maître, ce qui revient au même dans le sens où le Maître est censé être totalement retiré et fondu en Dieu (fana, pralaya). Il n’existe plus même s’il est incarné, son âme est dissoute, totalement.

Ce qui est intéressant c’est que, dans la première partie, celle du cœur, nous sommes très actifs dans la pratique, les rituels, tout ce qu’on nous propose, tandis que dans la deuxième partie nous nous laissons de plus en plus faire, par le Maître, par Dieu directement, nous nous abandonnons de plus en plus et il y a soumission, dissolution.

Notre voie est une voie d’amour, par le cœur, ce n’est pas une voie de contrition. C’est l’amour qui agit, ce qui est important, c’est de se fondre dans l’amour de Dieu. C’est plus ou moins facile, on résiste plus ou moins, mais c’est normal, nous sommes des étudiants, des aspirants, nous progressons avec la guidance et l’accompagnement du Maître car notre ego devient de plus en plus subtil. Parfois, pourtant, ce dernier peut prétendre avoir atteint des stations spirituelles, être là ou là ou faire montre d’une fausse humilité parce que l’on sait que l’on doit être humble. Mais la seule humilité à montrer c’est par rapport à Dieu et le Maître sait si l’on est vraiment soumis à Dieu et si nous sommes réellement humbles. Nous ne devons pas avoir beaucoup d’illusions par rapport à nous-même, nous nous connaissons, connaissons nos faiblesses, et encore plus facilement, celles des autres. Pour cela aussi nous avons besoin des Maîtres, parce qu’ils sont humains, ils ont les mêmes difficultés que nous, ils ont le même cheminement et l’avantage qu’au minimum, un Maître doit avoir fait son union avec Dieu. Sinon ce sont des enseignants, des personnes au service capables d’aider comme par exemple les formateurs qui sont autorisés à transmettre ce que nous appelons pranahuti, ou comme la transmission de la baraka que certains Maîtres de grande envergure ont eu à disposition, mais pas toujours.

C’est mystérieux, mais Dieu nous offre toujours des possibilités, des religions, des approches différentes, des voies différentes, des personnes différentes : nous avons toujours notre chance. Parce que Dieu se cherche en chacun d’entre nous, dans tous les humains, les sept milliards, pas seulement les chercheurs spirituels ou les volontaires. Il n’a pas de problème puisqu’Il n’est pas dans le temps, donc tôt ou tard nous lui revenons. Certains prennent plus de temps, se promènent un peu, explorent le monde, leurs possibilités. Certains font des bêtises, mais il n’y a pas de problème puisque Dieu est amour. En fait nous nous punissons nous-mêmes.

La quête spirituelle c’est vraiment la conquête de notre cœur pour commencer par Dieu avec l’aide de nos Maîtres. Après, une fois arrivés à ce niveau, la quête continue. On ne peut plus en parler parce que « ça se fait » et c’est Dieu qui œuvre directement. Il y a de moins en moins le Maître dans cette dimension bien que certains grands Maîtres comme les Khawajas aient eu la capacité d’amener leurs disciples à cette dimension absolue de Dieu, celle du créateur, celle qui correspond au point 13 derrière la tête. Dans cette dimension, Il n’a pas de nom, pas d’attribut, ne pense pas, n’est « ni ceci, ni cela » (Neti, neti.) … Il est Dieu. C’est de là que tout provient.

Il existe une littérature magnifique sur ce niveau, mais c’est encore mieux de le vivre, de le rencontrer : c’est le troisième niveau du cœur, la plus grande profondeur du cœur, là où on se perd totalement. C’est fana al fana, la dissolution en Dieu. Là nous sommes dans la dimension où nous laissons totalement la place à quelque chose d’immense, d’extraordinaire et nous y avons aussi notre place, elle ne passe pas par ce que nous sommes, par notre ego, mais nous donne cette dimension universelle. Quand nous atteignons ce niveau nous devenons l’homme universel, dans la Kabbale on parle de Adam Kadmon, totalement connecté à Dieu, et qui a tous les attributs, les manifestations que Dieu puisse avoir. Mais là encore, ce n’est qu’une étape, le chemin continue.

Plus on avance, moins on est là, plus on avance, moins il y a de pratique et plus les choses se font en Dieu. Nous avons la chance d’avoir des saints, des mystiques, des Maîtres qui sont là depuis des temps immémoriaux, qui représentent Cela et qui ont su L’incarner sur Terre et Le représenter. Certains ont été capables d’écrire, parfois sous forme poétique. C’est un aliment extraordinaire de les savoir toujours là pour accompagner l’humanité en laissant passer Dieu dans toute sa splendeur.

Théophile l’Ancien
Extrait de Les Cahiers de Théophile
Essais


J’approfondis ma lecture sur les thèmes abordés :