Théo. – Aujourd’hui j’entends souvent parler de yoga mais il semble que cela recouvre plusieurs pratiques différentes dont la nôtre. Pourrais-tu m’éclairer sur ce qu’est réellement le Yoga ?

L’Ancien. – Le Yoga, comme les Vedas, remonte à des temps immémoriaux. A cette époque, les rishis de l’Inde ancienne (Bharata) se réunirent pour discuter de questions essentielles comme : Comment est le Brahman (Dieu) ? Quelle est la cause première de l’univers ? Comment naissons-nous ? Comment pouvons-nous vivre ? Comment existons-nous? Quelles sont les lois de l’existence ? Quelle est la force qui régit la vie et la mort ? Pourquoi sommes-nous assujettis aux souffrances ? Et bien d’autres encore.
Ils discutèrent de sujets relatifs au temps, à la matière, à la nature et ses éléments (l’espace, l’air, le feu, l’eau, la terre). Ils parlèrent aussi de l’âme (purusha), du moi et découvrirent qu’aucun ne pouvait être la cause absolue de l’univers. Pour la découvrir ils adoptèrent le Yoga, et par la méditation (dhyana), ils purent dévoiler la Vérité (Satpad) : l’Absolu est Brahman, il est « Existence, Connaissance, Béatitude » (Sat-Chit-Ananda).

Théo. – Le Yoga est donc une science appliquée, pas seulement une philosophie ?

L’Ancien. – En sanskrit, « yug » veut dire s’unir. C’est l’Union de l’être individuel (jivatman) au principe suprême (Paramatman). Le mot « yoga » désigne le but qui est l’union et la méthode qui est le mode d’unification.

Théo. – C’est le même état que recherchent tous les mystiques qu’ils soient chrétiens, soufis ou kabbalistes : l’union avec Dieu.

L’Ancien. – En Inde, ils seraient considérés comme des yogis apparentés au Yoga de la dévotion (bhakti-yoga), à celui de l’action (karma-yoga) et à celui de la connaissance (Jnana-yoga). La synthèse des trois étant l’Amour.

Théo. – Comme le Yoga du cœur que nous pratiquons ?

L’Ancien. – Il est aussi appelé « raja-yoga ». Ce qu’il faut spécifier, c’est que le Yoga ne se préoccupe que de Réalisation et pas de spéculation.

Théo. – Est-ce la raison pour laquelle dans le Yoga tu parles de « Principe » et non de « Dieu », comme nous le faisons en Occident ?

L’Ancien. – Dans la méditation heartfulness, issue du raja-yoga selon le Sahaj Marg (Voie Naturelle), nous laissons le chercheur (yogi) tirer ses propres conclusions à partir de son expérience intérieure comme l’on fait les anciens rishis.

Théo. – La méthodologie des anciens yogis semble être rigoureuse !

L’Ancien. – Elle l’est. Elle est la synthèse des disciplines yogiques qui ont d’abord été maîtrisées puis enseignées.

Théo. – Y-a-t-il différentes écoles ?

L’Ancien. – C’est inévitable, le Yoga existe depuis des milliers d’années et les chercheurs font encore des découvertes. Ils ouvrent de nouvelles voies d’approche de l’Ultime. L’humanité évolue sans cesse.

Théo. – Quel est le grand secret qui a permis à Babuji de faire toutes ses découvertes ?

L’Ancien. – D’avoir eu Lalaji comme Maître spirituel. C’est Lalaji qui a redécouvert la transmission yogique (pranahuti) et qui a permis de connecter le méditant directement à la Source, à ce fameux Centre qui est la base même de l’existence, le Principe Suprême dont parlaient les rishis. Mais ce qui a tout particulièrement caractérisé Babuji, c’est sa capacité à lire la Réalité (son anubhava-shakti) dans les diverses dimensions de l’être et à ouvrir de nouvelles voies d’accès pour l’humanité.

Théo. – Est-ce cette science de Babuji qui est enseignée aux formateurs aujourd’hui ?

L’Ancien. – Tout à fait. Il y en a plus de six mille dans le monde. Il a ouvert cette nouvelle voie d’accès à l’Ultime au plus grand nombre. Elle est connue comme la science de Babuji. Auparavant, elle était réservée à des yogis capables d’ascèses incroyables. Ils utilisaient la trame que représente les huit étapes de l’ashtanga-yoga (ashtanga signifie huit). C’est Patanjali qui en a fait la synthèse.

Théo. – Quelles sont les spécificités du raja-yoga selon le Sahaj Marg, par rapport au yoga traditionnel?

L’Ancien. – Tu dois d’abord savoir que Patanjali vivait 300 ans avant J.-C. et qu’il a fait un énorme travail de compilation sur le yoga. Quand il est revenu, il a modifié ces données qui ont évolué avec le temps. Il les a adaptées à la vie moderne et à l’évolution de l’humanité.
Prenons un exemple simple, la concentration : une personne qui peut lire un livre ou écrire dans un hall de gare sait suffisamment se concentrer pour apprendre à méditer. Donc la concentration va s’adapter à chaque époque et style de vie, permettant l’accès à la méditation quelles que soient les conditions.

Théo. – Babuji a réactualisé le Yoga, mais peux-tu me parler des autres étapes proposées par Patanjali ?

L’Ancien. – Le tout début est composé de yama, les réfrènements, et de niyama, les observances qui ont pour but de permettre au yogi de rester ferme, calme et de réduire les influences extérieures et intérieures (tamasiques ou rajasiques).

Théo. – C’est-à-dire ?

L’Ancien. – Le yogi maîtrise son mental (manas) pour que seul le Soi demeure. Il y a cessation de tous les mouvements internes du mental (chitta-vrittis) ainsi que des passions et des émotions.

Dans l’asthanga-yoga, tu trouves aussi la pratique du renoncement, vairagya.

Théo. – A quoi sert ce renoncement?

L’Ancien. – A développer l’observateur et ne plus être affecté par les malheurs, les infortunes, les souffrances et les angoisses. Dans les Yoga Sutras de Patanjali, ces difficultés sont appelées « les affections ». Cette pratique rigoureuse permet de purifier le mental et de le rendre équilibré, sattvique. Elle donne accès à l’observateur qui permet le développement du discernement, viveka.

Théo. – Qu’en est-il des postures (asanas) ? C’est ce qui est le plus connu en Occident. Beaucoup pratiquent le hatha-yoga. Cela ressemble à une gymnastique très harmonieuse.

L’Ancien. – Elles sont très utiles pour la santé physique, mentale et émotionnelle. Ces asanas procurent un équilibre, une stabilité sur ces trois fonctions de l’être et s’adressent principalement au corps grossier (shool-sharir). Pour être efficaces, elles doivent être associées à une respiration intelligente.

Théo. – La posture a-t-elle une importance dans le domaine spirituel?

L’Ancien. – Son importance est surtout dans l’immobilité du corps. Comme le fait la tortue qui replie ses membres et sa tête en elle-même, nous méditons les jambes et les mains croisées (position du lotus ou du tailleur). La colonne vertébrale est droite, mais la tête est légèrement penchée en avant comme si elle allait rentrer dans le cœur ; en même temps, il y a le repli de tous les sens et de leurs actions (indriyas).

Théo. – Quelle utilité ?

L’Ancien. – La position en tailleur favorise l’état de négation (tam). Babuji l’explique dans la maxime n° 1 : « C’est le point central du véritable état de l’Etre… cet état de négation qui est la base de la vie de l’être, le Mystère divin ou ne règne ni lumière, ni ténèbres. Dans cette position (asana), l’homme vit une mini dissolution (pralaya). Il est alors en contact avec la Réalité, et le courant divin commence à descendre en lui. »

Théo. – Plus simplement?

L’Ancien. – Avec la posture méditative, nous sommes en équilibre. Il y a une unité de l’être entre l’âme, le corps et l’esprit. Les trois corps deviennent alors le temple de Dieu …

Théo. – Tu m’as toujours dit que Dieu était simple!

L’Ancien. – Notre posture est simple, dépouillée, immobile comme le Centre de l’être, une très bonne assise suffit pour s’absorber dans le cœur. Toutes les complexités restent à l’extérieur. C’est simple…

L’Ancien sourit :
– Surtout, à la fin de notre processus, quand la pureté règne dans l’individu, elle devient identique à l’état originel.

Théo, riant :
– Je crois qu’il est vraiment préférable de passer directement par l’expérience de la méditation… Je n’ose même pas te demander des explications sur la pratique du souffle (pranayama). Je crains le pire!

L’Ancien. – Pour nous c’est facile car nous n’avons plus besoin de faire des exercices de respiration (pranayama) pour dynamiser les chakras puisque nous avons la transmission (pranahuti) à notre disposition de façon continue et ce, dès la troisième méditation d’introduction à notre système.

Théo. – Et c’est tout ?

L’Ancien. – C’est tout.

Théo. – C’est déconcertant je m’attendais à ce que tu me parles des nadis, d’inda, de pingala et de shushumna

L’Ancien. – Le travail sur eux n’est pas nécessaire pour la progression spirituelle dans le Sahaj Marg. La régulation des énergies se fait d’elle-même, par le cœur.
Les postures (asanas) procurent de la santé, de la force et de l’équilibre pour le corps physique. Originellement, chaque posture était gardée près de quatre heures par les rishis pour être efficaces. Il faut dire que les yogis pouvaient, en période de recherche intensive, méditer vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il leur fallait un corps sain, très robuste et une énergie circulant de manière efficace dans tout l’organisme, dans les sept chakras majeurs. Ils combinaient aussi des exercices respiratoires et énergétiques. Ils faisaient circuler les différentes énergies (pranas) dans tout l’organisme au travers des nadis qui sont des réseaux d’énergie.

Théo. – Cela ressemble à nos réseaux de méridiens d’acupuncture.

102-pingala-ida

Les nadis.

L’Ancien. – Ils ont la même origine. Ils se divisent en deux vaisseaux principaux : « ida » qui est lié à la lune …

– C’est le yin, commente Théo tout fier.

– Et l’autre, « pingala » poursuit l’Ancien, est lié au soleil et correspond donc au yang. Ida et pingala circulent autour d’un axe central appelé « sushumna ». Les énergies de la lune et du soleil s’entrecroisent. Le souffle vital entre au niveau de l’occipital, dans un centre lunaire appelé « chandra chakra », puis descend vers les cinq chakras inférieurs et remonte ensuite vers le haut pour sortir par le centre solaire, « ajna-chakra ».

Théo. – Quelle est l’étape suivante ?

L’Ancien. – Je vais te répondre, mais penchons-nous encore un peu sur l’anatomie yogique : l’homme est composé de trois corps et de cinq enveloppes. Le corps astral, aussi appelé corps subtil, contient quatre éléments : le mental (manas), la conscience (chit), l’intellect (buddhi) et l’ego (ahamkara). Cela va constituer le point de départ de notre travail spirituel. ( voir article de Kamlesh bhai).
Les étapes suivantes sont le contrôle de l’énergie dans l’organisme (pranayama) et le retrait des sens (pratyahara) afin de pouvoir se concentrer et être capable d’intériorisation.

Théo. – Qu’en est-il du retrait des sens (pratyahara) et de la concentration ?

L’Ancien. – Nous les acquérons directement par la méditation (dhyana). Nous commençons par l’attention, « laissant la concentration à la révélation » comme le disait Babuji.

Théo. – Mais encore ?

L’Ancien. – En méditation nous utilisons l’attention. Elle est tournée vers l’infini du cœur. C’est la même action que lorsque tu regardes l’immensité du ciel. Si tu fixes ton regard sur un oiseau qui vole dans le ciel, c’est la concentration qui te révèle la position de l’oiseau.
Quand la méditation est finie, avant d’ouvrir les yeux, avec ton œil intérieur, tu laisses émerger ta condition spirituelle et tu te concentres dessus pour la saisir et faire qu’elle se révèle à toi. L’attention est une ouverture sur l’akasha (espace infini) de ton cœur.

Théo. – Dans le Sahaj Marg c’est beaucoup plus simple, nous méditons directement sur le cœur et dès les premières méditations nous pouvons ressentir quelque chose.

L’Ancien. – Tout à fait, cela est dû à la transmission d’énergie yogique appelée « pranahuti ». La connexion se fait directement à la Source et au cœur du guide spirituel.

Théo. – Quel travail ! Y-a-t-il beaucoup de yogis en Occident ?

L’Ancien. – De plus en plus, mais ils pratiquent le raja-yoga moderne. C’est l’apport de Babuji à l’humanité, il a simplifié le raja-yoga pour que les hommes puissent le pratiquer tout en ayant une vie de famille, une vie dans la société. Il prône l’équilibre entre la vie matérielle et spirituelle.

A suivre…

Théophile l’Ancien
Extrait de Dialogues avec Théophile l’Ancien
L’initiation de Théophile le Jeune