Théo. – La dernière fois tu as évoqué les Grands Etres qui nous guident et nous accompagnent dans notre voyage vers l’Ultime. Tu les avais appelés les passeurs d’âme. Les soufis parlent de Maîtres de Sagesse qui dirigeraient le monde. Beaucoup habiteraient l’Himalaya. J’ai retrouvé le même genre d’information dans la Kabbale : là on parle d’anges et d’archanges qui seraient en charge de mondes, de dimensions, chacun étant responsable d’une sephira. L’arbre des Sephiroth semble correspondre aux treize points et aux trois régions que nous trouvons dans la philosophie du Sahaj Marg.

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Les treize points de la philosophie du Sahaj Marg.

L’Ancien. – Il y a corrélation, croisements entre toutes les voies. Les Maîtres de Sagesse ont les mêmes connaissances, les mêmes initiations. Elles portent tout simplement des noms différents en fonction des cultures, des religions et des époques. Prends l’exemple du premier chakra (point) du cœur. La Kabbale l’appelle malkut et il est représenté par Adam. Les chrétiens y ont placé, avec Denis l’Aréopagite, des archanges en charge de ces mondes, de ces dimensions. Les rosicruciens parlent de Shambala et du mont Kalache où résident les Maîtres qui gouvernent le monde. Les bouddhistes aussi évoquent Shambala. Nous retrouvons aussi des équivalences avec les Devas et leurs mondes.

Théo. – Parle-moi des êtres que tu appelles les « Seigneurs ».

L’Ancien. – Chaque voie initiatique fait référence à ses propres maîtres de sagesse, à ses saints. Ceux-ci représentent une qualité spirituelle, voire divine. Ils en seront les symboles vivants dans le monde dit « cosmique ».

Théo. – Le « Ciel » pour beaucoup, c’est un grand « fourre-tout » bien commode !

L’Ancien. – Qui cache beaucoup d’ignorance… Le mieux est de prendre des exemples.

Théo. – Nous avons évoqué Jésus-Christ.

L’Ancien. – Comme Maître et Seigneur, il symbolise l’Amour et la dévotion.

Théo. – Il correspond donc au point n° 2, celui de l’Amour.

L’Ancien. – Ne crois pas qu’il soit limité ou enfermé dans un chakra. Etant un Seigneur, et c’est ce que signifie « Christ », il a les qualités divines de l’omniprésence. Tout chercheur, tout dévot qui le prie, qui fait appel à lui est automatiquement en contact avec lui dans l’univers, soit dans le monde des vivants soit dans le monde des esprits. Il peut ainsi recevoir son aide, son amour et ses bénédictions. Quand il était incarné, il était un maître. Dans les évangiles anglais, il est appelé Master. Il est écrit qu’il est connecté à la sphère de la Vérité (Satpad) : « En vérité, je vous le dis. » Il a aussi été un guide spirituel, un enseignant qui avant d’être le Christ, a reçu les initiations des Esséniens, des Babyloniens, des Egyptiens et des maîtres indiens.

Théo. – Ce moment de sa vie n’est pas très connu.

L’Ancien. – L’universalité de Jésus-Christ pourrait gêner les dogmes de certaines religions.

Théo. – Il est le représentant de l’Amour divin. N’est-ce pas ce qui importe ?

L’Ancien. – Bien sûr. Tout aspirant qui va invoquer ce qu’il représente, recevra son aide. S’il devient son disciple et s’il est accepté par lui, alors le Seigneur Jésus-Christ pourra le prendre en son sein et le conduire directement à Dieu.

Théo. – Jésus-Christ est donc sur tous les plans de l’être et du non-être ?

L’Ancien. – En fait il est illimité. Les seules limites sont celles que nous nous posons.

Théo. – Et où situerais-tu le Seigneur Krishna ?

L’Ancien. – Au point n° 6, à ajna-chakra. C’est sur ce chakra qu’il fait méditer ses dévots. Si tu lis attentivement l’enseignement du Seigneur Krishna dans la Bhagavad Gita tu vois qu’il va très loin.

Théo. – Tu m’as dit que le Seigneur Krishna capte ses disciples à partir de la région cosmique.

L’Ancien. – Il parle aussi de l’importance du cœur. C’est là qu’il dit se trouver. Pour aider les chercheurs, il leur a proposé le karma-yoga, yoga de l’action qui ne se préoccupe pas du fruit de l’action, le jnana yoga celui de la connaissance qui permet d’aller au-delà de cette connaissance et d’aboutir au renoncement total et enfin le bakthi yoga, yoga de la dévotion qui permettra d’offrir son cœur à Dieu sans attente aucune. Ces trois aspects du yoga sont appelés raja-yoga, car en fait, ils ne font qu’un.

Théo. – Au final, ces trois yogas sont des approches de l’Unité de Dieu par le Seigneur, l’Amour restant l’accès le plus direct vers le plus élevé.

L’Ancien. – Le Seigneur tient compte des tendances de chacun. Ce sont des chemins différents qui, tous, mènent au sommet de la montagne.

Théo. – Mais le sommet est UN. Y a-t-il d’autres accès à Dieu ?

L’Ancien. – Autant qu’il y a d’êtres humains.

Théo. – Peux-tu me donner des exemples ?

L’Ancien. – Avant tout, il nous faut comprendre à quoi nous devons arriver quelle que soit notre approche du sommet de la montagne, de l’Ultime.

Théo. – L’Amour !

L’Ancien. – Certes, mais quelle condition dois-tu acquérir ?

Théo réfléchit, il ne trouve pas de réponse satisfaisante dans l’immédiat ; ses pensées se brouillent, il se réfugie dans son cœur.
Rien …
Il plonge un peu plus profondément et … il en oublie l’Ancien et sa question.

L’Ancien esquisse un léger sourire et se racle la gorge.

Théo ouvre les yeux, se rappelle où il est, la question posée et explique :
– J’étais tellement bien à l’intérieur de mon cœur que j’avais tout oublié. J’existais sans conscience de mon moi. Je le percevais sans avoir besoin de poser un nom, ou une identité. Quant à la question… y avait-il une question ? Je m’en souviens à présent, mais elle a perdu son importance à mes yeux.

L’Ancien. – Comment te sens-tu ?

Théo. – Absent à moi-même, présent, totalement présent à mon cœur, non, plutôt à la Présence dans la profondeur de mon cœur. Dire « mon » cœur me paraît presque incongru.

L’Ancien. – Peux-tu dire que tu y trouvais le Seigneur ?

Théo se remémore :
– Même pas, c’est un état d’être sans qu’il y ait conscience d’être.

L’Ancien. – C’est la conscience (CHIT) de l’existence (SAT) qui procure un état de félicité (ANANDA).

Théo. – J’ai l’impression que c’est la source de l’Amour, mais sans l’idée, l’émotion ou le sentiment liés à l’Amour. Comment l’expliquer ?

L’Ancien. – C’est un Amour sans mouvement, sans objet, sans sujet.

Théo. – Il remplit l’espace sans notion d’espace (Akasha). C’est en sortant de cet état que l’idée de Présence arrive, que l’Amour y est associé et qu’un double mouvement apparaît.

L’Ancien, intéressé, encourage son jeune ami à aller de l’avant.

Théo. – C’est un mouvement vers l’intérieur. Un élan du cœur qui rend grâce au Seigneur et en même temps un mouvement d’amour dirigé vers l’extérieur, vers les frères et les sœurs avec lesquels je partage la Terre, avec toutes les créatures qui l’habitent.

L’Ancien. – C’est le sentiment de Dieu pour ses créatures. Il donne envie de le partager et de contribuer à l’œuvre du Seigneur.

Théo. – Cela me dépasse totalement et pourtant je reste serein.

L’Ancien. – C’est l’abandon, à la fois par l’oubli de soi et par le mouvement d’Amour tous azimuts. C’est l’état que chacun va découvrir dans son yoga (union avec Dieu) personnel.

Théo. – Je vois : dans un premier temps tu prends ton chemin de vie, ton chemin d’âme (swadharma). C’est naturel. Puis tu trouves Dieu en toi ou plutôt, il te trouve. Quand Il se révèle à toi tu abandonnes toutes les caractéristiques, les spécificités qui t’ont amené au Seigneur et tu deviens… universel.

L’Ancien. – Semblable à ce que nous étions à l’origine de notre création par Dieu.

Théo. – Le fameux Adam avant ses frasques ! En fin de compte, je trouve beaucoup plus facile de viser le cœur du Maître pour aller à Dieu. Il est bien vivant. Il est en correspondance humaine et spirituelle avec nous. Il comprend tout de nos travers humains et de nos résistances. Il a lui-même ses difficultés, ses hauts et ses bas comme n’importe lequel d’entre nous. Alors que les Grands Êtres que tu appelles les Seigneurs ou bien les Maîtres dits ascensionnés sont devenus purs esprits. Ils me paraissent loin de moi et en même temps assez proches.

L’Ancien. – Un maître appartient à une chaîne spirituelle. Il n’est jamais seul. Il est toujours en lien avec son propre maître et la hiérarchie des Maîtres. Il crée un pont entre le monde manifesté et les mondes spirituels. Le moment venu, il nous met en contact avec les Seigneurs, s’ils ne le font pas déjà d’eux-mêmes.

Théo. – Et finalement avec Dieu, pour accéder au chemin d’Eternité en Lui.

L’Ancien amusé répète doucement en fixant son jeune ami:
– Finalement…

Théophile l’Ancien
Extrait de Dialogues avec Théophile l’Ancien
L’initiation de Théophile le Jeune