– Bonjour Théophile, aujourd’hui j’aimerais te poser une question : celle de l’évaluation de ma pratique, de ma méditation. Je connais également de nombreuses personnes qui se disent : « Je pratique depuis longtemps et je ne sais pas où j’en suis. Je ne sais pas vraiment ce qui se passe… » Que peux tu nous conseiller ? demande Théophile le Jeune.

L’Ancien réfléchit un instant avant d’expliquer :
– En fait le problème, c’est qu’après un certain temps de pratique, on risque d’entrer dans une routine méditative, de ne plus être dans une dynamique intérieure. La pratique devient une sorte de rituel. Il nous faut absolument retrouver le sens de la méditation. Elle doit nous conduire à un état d’intériorisation qui va ensemencer notre vie, notre journée et qui va nous faire vivre sur un niveau vibratoire plus élevé et un niveau de conscience plus subtil.

Lorsque l’on se rend à une méditation de groupe, il faut se préparer à l’avance.
Ce qui est important, c’est d’éviter d’agiter notre mental avant de venir et laisser tous nos problèmes à la porte de la salle de méditation. On peut toujours les récupérer après si on le souhaite. On commence par se mettre, ici et maintenant, dans un état non mental et une vigilance du cœur.
C’est pour cela qu’il est préconisé d’arriver au moins un quart d’heure avant le début de la méditation de groupe pour s’y préparer. Ainsi lorsque la méditation commence, nous sommes déjà au contact de la Source de lumière dans notre cœur et la méditation peut débuter instantanément. Il n’y a plus à lutter contre le mental et ses turbulences.

L’important aussi, c’est de voir, de sentir dans quel état spirituel nous sommes avant de commencer la méditation. C’est ce que nous appellerons « la lecture de condition ». Mais les gens disent : « La lecture de condition, je n’y arrive pas, c’est compliqué… » Cela n’est pas compliqué, c’est en fait très simple ; il suffit d’observer son atmosphère intérieure, sans jugement, sans évaluation, éventuellement sans mot car parfois on ne trouve pas les mots pour décrire ce ressenti. D’ailleurs, faut-il mettre des mots quand nous admirons un magnifique coucher de soleil ? Ce n’est pas nécessaire, on le contemple simplement, tranquillement et on ne s’en lasse jamais.
Nous méditons ensuite, entre une demi-heure et quarante cinq minutes. Nous avons des hauts et des bas. Nous pouvons être perturbés, distraits par les bruits ambiants, mais ce n’est pas grave. Chaque fois il nous faut doucement revenir sur la Source de lumière dans notre cœur.
Ce qui est important dans notre « évaluation spirituelle » ou plutôt dans l’observation, c’est que nous appréciions la qualité de notre atmosphère intérieure. Quand la méditation se termine ce n’est pas du tout la fin. Cela continue, la phase de méditation s’arrête, mais la suite est tout aussi importante.

Essayons de ne pas ouvrir les yeux. Restons absorbés dans la méditation, nous sommes toujours dans le « non  mental ». Ensuite nous revenons tout doucement à la surface de notre être, tout en restant très attentif à notre espace intérieur, à notre vibration intérieure. Et là se pose la question : « Est-ce que ma condition a changé par rapport à mon entrée dans le hall de méditation ? Est-ce que c’est la même atmosphère en moi ? Est-elle plus légère, plus subtile ? » Ce sont des choses simples à observer.

Quand nous sommes vraiment absorbés, nous « entendons » une qualité de silence en nous, autour de nous ; cette même qualité de silence qui s’installe dix minutes avant le début de la méditation, quand tout le monde s’absorbe et que nous avons l’impression que nous allons tous « plonger ». C’est tout l’intérêt de méditer en groupe. Nous sommes en présence de gens qui ont l’habitude de méditer et c’est très favorisant. Il y a les bruits, les présences qui peuvent perturber, mais cette absorption intérieure généralisée va nous aider. En même temps cette aspiration générale va déclencher la transmission d’énergie yogique qui va alimenter nos cœurs. Les gens qui méditent dans les grandes profondeurs ont une aspiration énorme. De fait, les personnes qui débutent, qui s’entraînent qui ont plus ou moins de facilité à méditer, sont automatiquement entraînées, aspirées, portées par ce courant, et cela est bénéfique pour tous.

Revenons à l’évaluation de la méditation, ce qui est intéressant est de sentir notre atmosphère intérieure, ferme les yeux veux-tu ?

Observe ton atmosphère intérieure.
Ne porte aucun jugement.
Observe juste le résultat du processus de la méditation.
Ce n’est ni bien ni mal, c’est un constat tranquille.
C’est comme c’est.

Notre guide donne deux conseils :

Il nous propose de maintenir notre attention sur cette vibration intérieure et, par moments dans la journée, de s’intérioriser quelques secondes afin d’avoir accès de nouveau à notre être intérieur, d’être encore au contact de cette vibration intérieure.
Il conseille aussi de ne pas figer cette même vibration, afin qu’elle garde sa dynamique et qu’elle puisse se déployer. C’est intéressant dans le sens où la pratique n’est pas rigide, la condition intérieure n’est pas immuable. Elle est vivante, elle peut et doit se développer.
Le processus intérieur est alors actif vingt-quatre heures sur vingt-quatre et les progrès spirituels sont foudroyants.

Plus de routine, mais enthousiasme et joie ! conclut malicieusement le vieil homme.

Théophile l’Ancien
Extrait de Dialogues avec Théophile l’Ancien
L’initiation de Théophile le Jeune