Théo. – La plupart des gens cherchent le bonheur dans la vie. Cela paraît difficile et toujours fluctuant. Pourrions-nous échanger à ce sujet ?

L’Ancien. – La difficulté est de combiner un ensemble de facteurs pour que l’être humain arrive à un accomplissement personnel. Nous l’avons déjà vu avec l’expérience optimale. Le bonheur est une conséquence pas une finalité.

Théo. – Quels sont ces facteurs selon toi ?

L’Ancien. – Ce serait l’optimisation et l’intégration de toutes les qualités dont l’homme est porteur sur tous les plans de l’être.

Théo. – Nous avons déjà abordé ce point avec la personne autotélique et l’expérience optimale.

L’Ancien. – Oui, mais la finalité n’est pas de vivre une ou des expériences optimales, mais de devenir une personne optimale. La difficulté est la permanence de l’être. L’expérience ouvre la conscience, donne le goût, montre la direction qui est offerte.

Théo. – C’est là que tu me parles de l’âme ?

L’Ancien. – Nous pouvons tout aussi bien parler de la force de vie qui nous pousse à aller de l’avant, à changer, à évoluer en permanence.

Théo. – Comme pour les dinosaures ce qui ne s’adapte pas ou n’évolue pas est appelé à disparaître.

L’Ancien. – La forme est une expression de l’être ; quoi qu’il en soit, elle est appelée à disparaître à un moment ou à un autre. Notre identité essentielle, elle, est éternelle.

Théo. – Restons sur la psychologie de l’être veux-tu ?

L’Ancien. – D’accord. L’être humain a besoin de transcendance, de sagesse s’il veut arriver à être heureux en toutes circonstances. L’important est de fixer un but à son existence. Le but crée le chemin qui pourra donner l’expérience optimale et le contentement qui l’accompagne. Le but fournit aussi l’énergie au chercheur, lui permet de parcourir et d’illuminer le chemin : motivation, moyen et guidance.

Théo. – Il est important de bien choisir un but à atteindre dans la vie.

L’Ancien. – Le but que l’on se fixe, donne du sens à sa vie et la rend positive.

Théo. – Peux-tu me donner un exemple ?

L’Ancien. – Chacun doit déterminer son propre but. Pour ma part j’ai choisi l’Ultime.
C’est le but le plus haut qu’un être humain puisse atteindre car il intègre tous les plans, tous les niveaux de l’être mais cela peut être tout autre chose. Notre soi profond sait ce qu’il veut.

Théo. – Et tu proposes la méditation du cœur pour entrer en contact avec le Soi ?

L’Ancien. – C’est la meilleure façon que je connaisse. Le cœur donne toujours des réponses infaillibles. On ne regrette jamais de l’avoir suivi.

Théo. – Est-ce suffisant pour réaliser ses objectifs, son but de vie ?

L’Ancien. – C’est la toute première étape. La seconde est d’acquérir des capacités pour réaliser ce qui a émergé de soi.

Théo. – Tu veux dire qu’il faut apprendre, étudier ?

L’Ancien. – Bien sûr, pour acquérir des compétences, des capacités et c’est un apprentissage qui durera toute la vie.

Théo. – Il y a donc une combinaison entre le savoir-être et le savoir-faire.

L’Ancien. – C’est un savant dosage entre les défis personnels et nos capacités si nous voulons participer à une expérience optimale. C’est à ce savant équilibrage qu’un enseignant doit arriver avec son élève. Avec l’expérience optimale, le défi et les capacités sont élevés. Que se passe-t-il selon toi si la proportion n’est pas gardée ?

Théo. – J’ai vécu cela à l’école. Quand le défi me paraissait trop grand, je m’inquiétais et devenais anxieux.

L’Ancien. – Que faisais-tu alors ?

Théo. – Je travaillais d’arrache-pied pour acquérir des compétences, ensuite cela allait beaucoup mieux. J’avais des amis surdoués qui, eux, s’ennuyaient en classe. Je comprends aujourd’hui que les défis n’étaient pas à leur mesure, mais il y avait aussi ceux qui étaient submergés, voire écrasés. Soit ils étaient anxieux, soit ils chahutaient et perturbaient la classe en mettant « le Bronx ».

L’Ancien, riant :
– C’est une saine réaction pour assumer sa survie en mieux hostile. C’est pour cela que je promeus l’écoute de son cœur face au formatage de l’éducation normative.

Théo. – Tu as un côté révolutionnaire.

L’Ancien. – Ou taoïste. L’individu accepte volontiers les contraintes si elles sont en accord avec ses valeurs intérieures.

Théo. – Encore faudrait-il qu’il en ait.

L’Ancien. – C’est le rôle primordial des parents et des enseignants de favoriser l’émergence des qualités de l’enfant. Elles lui donneront la capacité et les forces merveilleuses pour d’aller de l’avant.

Théo. – Mais l’enfant peut aussi avoir des faiblesses ?

L’Ancien. – C’est aussi le rôle des éducateurs d’atténuer ses faiblesses et les obstacles qu’il rencontre. Ils doivent valoriser ses qualités, tout en lui montrant combien l’effort peut être gratifiant et productif. Le laisser-aller et la paresse ne sont pas le laisser-faire.

Théophile l’Ancien
Extrait de Dialogues avec Théophile l’Ancien
L’initiation de Théophile le Jeune