– Peux-tu me parler encore de la prière ? demande Théophile le Jeune.

– Il y a plusieurs formes de prières. Toutes sont à faire avec le cœur, peu de choses peuvent aboutir avec la tête dans ce domaine.
La prière offrande par exemple est basée sur un sentiment de gratitude. On remercie pour une raison. C’est un remerciement spontané du cœur. Cela est facile à ressentir : souviens-toi d’un événement où tu as eu la sensation qu’une cohorte d’anges avait sauvé un petit enfant qui s’était mis en grave danger. L’enfant a frôlé le pire, mais la catastrophe est évitée de justesse. Soulagé, tu remercies.
Observe ton état intérieur. C’est l’état de gratitude qui émane tout naturellement du ton cœur. Tu comprends ?
Il y a encore d’autres formes de « prières offrandes ». Celles qui, spontanément, rendent grâce à l’Ultime. Ce sont des élans du cœur, des élans mystiques. Il n’y a pas de raison particulière, ni de demande, « cela » rend grâce. On peut le faire sous forme d’une prière formelle ou par des mots qui jaillissent spontanément de notre cœur, mais une fois de plus, la prière la plus élevée est sans mot.
Veux-tu essayer ?

Théophile le Jeune s’absorbe dans une prière silencieuse pendant quelques instants, puis il ouvre les yeux, son visage a changé.

– Qu’as tu ressenti ? l’interroge doucement l’Ancien.

– C’est comme si la transmission partait de mon cœur et s’élevait vers le haut, vers la Source. Il y a une grande joie, c’est presque extatique. Rendre grâce fait beaucoup de bien, constate le jeune homme.

– Quand nous rendons grâce, nous nous oublions nous-mêmes. Tout notre être, notre énergie est tournée vers l’Ultime que les mystiques appellent parfois « le bien aimé ». C’est une relation d’amour qui va vers la Source et libère l’Amour en tout. D’où cette impression de transport, d’extase que tu as ressentie.
Le don est ce qu’il y a de plus élevé, le don de soi est suprême car il ne reste en nous que la dimension divine qui se manifeste. La personnalité s’est naturellement effacée, elle en bénéficie hautement. Même l’ego rebelle est subjugué, il se sent heureux par l’amour. C’est la paix et l’harmonie qui règnent sur l’être entier et baignent tous les corps subtils.

– Finalement rendre grâce me plaît beaucoup, reprend Théophile le Jeune, car tu retournes la grâce vers la Source qui te l’a offerte. C’est un don gratuit. Il n’est pas basé sur le mérite. J’ai vu une émission sur Arte qui s’appelait « Un monde altruiste » : des scientifiques ont étudié l’effet du don sur l’état de bien être et de bonheur. Ils ont donné vingt dollars à différentes personnes. Un groupe utilisait ces vingt dollars pour eux tandis que l’autre groupe devait le distribuer de la manière qui leur convenait. Le premier groupe n’a rien éprouvé qui ne sorte de l’ordinaire alors que le deuxième a reçu beaucoup de joie et de satisfaction en donnant aux autres. Ils ont ainsi fortement augmenté « leur capital bonheur » et leur propension à être heureux.

– Bien sûr. L’altruisme est un don de soi. Celui qui donne reçoit souvent plus que celui qui reçoit. Donner sincèrement, sans attente, amorce en nous une « pompe à amour » dont le débit peut augmenter de manière exponentielle.

– Et qu’en est-il des prières pour des malades, des personnes en difficulté ?

Théophile l’Ancien
Extrait de Dialogues avec Théophile l’Ancien
L’initiation de Théophile le Jeune