L’Ancien. – Je ne connais que trois approches pour harmoniser l’ego : dans les deux premières l’ego est subjugué par l’amour qui est la nourriture de l’âme. Essayons veux-tu ?

Théophile l’Ancien s’immerge dans l’amour sublime qui touche directement l’âme du jeune Théophile, celui-ci est transporté par l’amour. Il entre en extase, c’est la félicité. Il rend grâce, il reçoit la grâce qui semble descendre sur lui des plus hautes sphères de l’Être.

L’Ancien. – Et maintenant dis-moi ce que tu ressens et surtout comment tu perçois ton ego.

Théo. – J’ai surtout envie de demeurer dans le silence et de savourer l’état divin que tu m’as transmis. Je suis littéralement aux anges. Mon ego est en communion parfaite avec mon âme. Il est heureux, en paix, il rend grâce. Il ne sait même pas qu’il est subjugué et quand bien même, il s’en moque. L’amour le submerge et il en redemande encore et encore. Est-cela le paradis perdu ?

L’Ancien. – Ta conscience de l’amour de l’Etre te montre la vraie nature de l’âme, certain l’appelle Dieu. L’ego est alors rempli de révérence.

Théo. – J’insiste ; cela ne dure pas !

L’Ancien. – Ces parfums d’Ultime sont appelés une approche. Nous percevons le but de la vie humaine et cela nous donne la force de cheminer vers lui en dépit de toutes les épreuves que nous traversons dans l’existence. Je te promets qu’un jour cet état sublime sera permanent. En attendant, je vais t’aider à percevoir l’ego tel que Dieu nous l’a donné.059-cercle-carré

Théo. – C’est ce que tu as appelé la quadrature du cercle ? (Voir schéma avec un cercle et un carré.)

L’Ancien. – Recommençons si tu veux bien. L’approche se fait à présent par la conscience « Chit » en utilisant l’observateur qui en est issu.
Amène ta pensée vers la lumière du cœur.
Laisse-toi aspirer par elle.
Au deuxième niveau du cœur, tu entres en contact avec ton mental universel, le mental dit cosmique. C’est là que l’observateur est vraiment lui-même, il est cosmique. Ne te laisse pas absorber par le centre du cœur.

Théo. – C’est difficile de résister à l’attraction du Centre. Cela donne envie de s’y perdre à jamais.

L’Ancien. – Je sais. Maintenant, regarde ton ego et dis-moi ce que tu ressens.

Théo. – Il est à la base de mon être, tranquille, silencieux, en harmonie avec lui-même et tout ce qui l’entoure.

L’Ancien. – Contrairement à l’âme, il est dense, incarné. Peux-tu me dire dans quel état tu le sens ?

Théo. – Il est prêt à entrer en action dès que la conscience lui aura transmis la direction à prendre, l’action à mener.

L’Ancien. – Tu as abordé les deux niveaux au sein desquels l’ego est à sa juste place. Il n’a aucune contrainte et il est heureux. C’est le véritable état d’humilité où l’ego est prêt à recevoir et à exécuter les instructions divines par le truchement de son âme.

Théo. – J’imaginais les instructions divines plus impératives, un peu comme les dix commandements de Moïse en lettres de feu sur des tablettes, mais ce n’est pas du tout ainsi. C’est très doux, extrêmement subtil et délicat.

L’Ancien. – C’est pour cela qu’il nous faut faire silence en nous-mêmes car Dieu chuchote, suggère plus qu’il n’ordonne. Dieu n’impose rien. Il est amour et il respecte notre libre arbitre.

Théo. – Et par amour pour Lui nous ne voulons qu’une chose : lui obéir, n’est-ce pas ?

L’Ancien. – Dans l’absolu oui, mais en pratique nous lui résistons autant que nous pouvons.

Théo. – C’est à ce moment que la représentation de l’ego devient « l’âne bâté » ?

L’Ancien. – Eh oui ! tu vois tout le travail à accomplir. Je vais t’offrir une troisième technique. Chariji en a parlé en décembre 2010 mais elle été transmise au monde par le Dr Hew Len : Ho’oponopono. Cette méthode est d’une grande simplicité. Elle repose sur le fait que nous portons l’univers en nous et qu’il nous faut le libérer de tout ce que nous y avons entreposé.

Théo. – Pour atteindre le zéro … infini ?

L’Ancien. – Oui et surtout libérer l’amour infini du Divin pour tous les êtres peuplant Sa création.

Théo. – Ce n’est pas vraiment nouveau !

L’Ancien. – Ce qui est nouveau, ce qui est proposé ici, c’est d’effacer les mémoires dites « erronées ».

Théo. – Quelle est la différence avec le nettoyage des impressions (samskaras) ?

L’Ancien. – Nous nettoyons l’impression, mais la mémoire mentale, émotionnelle demeure en nous et nous reconstituons les samskaras. Le travail est à refaire. Babuji disait : « Mes associés sont plus forts que moi, ils créent plus d’impressions que je n’en nettoie. »

Théo. – Que faire ?

L’Ancien. – Lorsque que tu es touché par quelque chose ou quelqu’un et que tu réagis, c’est qu’il y a en toi une donnée, une mémoire qui résonne, mais tu peux l’effacer de la manière suivante : sans te préoccuper de celui ou celle qui a occasionné ta réaction (ils sont considérés ici comme des miroirs de ton inconscient), tu te dis à toi-même, en toi-même :

Désolé,
Pardon,
Merci,
Je t’aime.

Théo. – Et c’est tout ?

L’Ancien. – Oui, c’est tout et c’est très efficace. Prenons un exemple si tu le veux bien. Choisis ce qui te touche profondément.

Théo. – L’extrême violence dans le monde et celle du quotidien.

L’Ancien. – Ce que dit Ho’oponopono c’est que tu vas effacer la donnée violence en toi. On peut rarement changer les autres, il vaut mieux travailler sur soi-même, surtout quand il s’agit de la violence et de la colère. Elles sont endémiques. Beaucoup pensent que certaines colères sont justifiées d’autres non. Tu n’as qu’à te rappeler les paroles de Ramakrishna sur le sage et le serpent (1).
Fais l’exercice par le cœur, sincèrement, ressens vraiment ce que tu vas exprimer.

Théo énonce lentement et à voix haute :
– Désolé, pardon, merci, je t’aime.

L’Ancien. – Tu peux le répéter autant que nécessaire jusqu’à ce que tu ne réagisses plus à la colère en toi ou à l’extérieur de toi.

Théo reste un long moment silencieux puis reprend :
– Cela n’est pas si facile. Au début je pensais à la violence des autres, puis je l’ai ignorée, ensuite je l’ai oubliée et j’étais en paix. Crois-tu vraiment qu’en effaçant la racine de la violence et de la colère en moi cela puisse avoir une incidence sur le monde ?

Théophile l’Ancien garde le silence. Après un long moment il commence ainsi :
– Je vais te raconter une histoire : « Dans la Chine antique l’empire en désordre était troublé par des émeutes, ravagé par les attaques mongoles. Les récoltes s’avéraient mauvaises et la famine guettait. Voyant qu’aucun ministre n’arrivait à résoudre toutes ces catastrophes, l’empereur décida finalement de faire appel à un maître taoïste. Il le nomma premier ministre, lui demandant de résoudre tous les problèmes de l’empire. Au bout d’un an, l’empire du milieu était à nouveau prospère et en harmonie. »
L’empereur demanda alors au maître taoïste : « Pourquoi vous a t-il fallu autant de temps pour rétablir l’ordre ? C’est parce qu’il m’a fallu beaucoup de temps pour faire la paix en moi, répondit le Moine. »

Théophile le Jeune amusé s’exclame :
– Je vois ! J’ai le choix entre le silence et un conte énigmatique !

L’Ancien. – Tu as surtout le choix d’expérimenter et d’apprécier les effets de cette méthode. Revoyons-nous dans une semaine veux-tu ?

Les deux amis se retrouvent comme convenu les jours suivants.

L’Ancien. – Alors, comment s’est passée ta semaine ?

Théo. – Ce fut mouvementé, la raison raisonnante m’a joué bien des tours. J’allais toujours sur l’extérieur. Je dissertais sur la violence, la colère avec ses causes et ses effets. Je m’indignais, récriminais, me révoltais. Mon ego était très actif durant tout ce temps. Il était frustré. Par moment, j’arrivais à pratiquer cet exercice. Je me suis aperçu qu’en fait, il est avant tout non-mental. Et ça tu ne me l’avais pas dit !

L’Ancien. – Maintenant tu le sais, réplique l’Ancien joyeusement.

Théo. – Par moment, l’idée même de la colère ou de la violence disparaissait en moi. J’étais en paix et je sentais l’amour circuler librement.

L’Ancien garde le silence.

Théo. – N’est-ce pas un peu égocentrique ?

Théophile l’Ancien ne répond toujours pas.

Théo. – Finalement quand l’amour circule librement, il fait ce qu’il doit, non ?

Théophile l’Ancien hoche la tête :
– Quand tu abordes le monde dans cet état là, tes actions sont tout autres. Tu es en présence du Divin qui souffle sur la trame de la création.

Théo. – Est-ce que tu veux bien m’expliquer maintenant ?

L’Ancien. – La compréhension vient de la psychologie chamane des îles hawaïennes.

« Désolé » est pour le petit garçon en toi. C’est ton inconscient. Il souffre de cette mémoire erronée qui est active en lui.
« Pardon », c’est la partie consciente, ton mental, la mère du petit garçon qui veut que son enfant cesse de souffrir. Pour cela, elle se tourne vers le père qui représente le « supra conscient » et qui va intercéder auprès du Divin pour qu’il efface la mémoire, les données erronées.
« Merci » d’avoir mis à jour cette mémoire erronée en moi et d’avoir permis qu’elle soit effacée en l’exposant au Divin. La vacuité originelle se rétablit, laissant la libre circulation du souffle, du Verbe en toi.
« Je t’aime », c’est pour le petit garçon en toi : l’amour est à nouveau libre à l’intérieur de toi. Il œuvre dans la totalité de la création dont tu es porteur.

Théo. – C’est ainsi qu’en me libérant des mémoires erronées, je contribue à redonner à la création de Dieu son zéro infini des origines …

L’Ancien. – Lorsque tu es en état d’amour et que tu regardes la situation ou la personne qui est face à toi, tu peux alors agir ou prier de manière appropriée. Tu es dans cette neutralité bienveillante, chère aux Taoïstes. Tu es en paix, en harmonie.

Théo. – Mon intention se confond avec le souffle et le plan divin… conclut le jeune homme impressionné.

L’Ancien sourit face à l’enthousiasme et à l’innocence de son jeune ami.

– Probablement … quand l’enfant, la mère, le père et le Divin se confondront et feront UN, murmure-t-il les yeux mi-clos.

A suivre…

Théophile l’Ancien
Extrait de Dialogues avec Théophile l’Ancien
L’initiation de Théophile le Jeune


Le sage et le serpent

Personne n’osait passer dans un chemin où un serpent venimeux avait élus domicile. Un mahatma ayant un jour suivi cette route, des enfants qui gardaient les troupeaux se précipitèrent pour l’avertir. « Je vous remercie, mes enfants, répondit le sage, mais je n’ai pas de crainte. D’ailleurs je connais des mantra qui me protégeront contre toute attaque .» Et il continua d’avancer. Brusquement le cobra se dressa contre lui. Mais en approchant du saint homme il se sentit soudain pénétré de la douceur du yogin. Le sage, voyant le serpent, prononça une formule magique et le serpent s’écroula à ses pieds. Alors le sage lui demanda : « Mon ami, as-tu l’intention de me mordre ? » Le serpent stupéfait ne répondit rien. « Voyons, dit le mahatma, pourquoi fais-tu ainsi du mal à d’autres créatures ? Je vais te donner une formule sacrée que tu répéteras constamment. Ainsi tu apprendras à aimer Dieu. Et en même temps tu perdras tout désir de faire le mal.» Et il lui murmura la formule à l’oreille. Le serpent s’inclina en signe d’assentiment, puis rentra dans son trou pour y vivre d’innocence et de pureté, sans avoir jamais plus le désir de blesser un être vivant. Au bout de quelques jours les enfants du village voisin s’aperçurent de ce changement d’attitude, et, pensant que le serpent avait perdu son venin, ils se mirent à le tourmenter, à lui jeter des pierres et à le traîner sur les cailloux. Le serpent, grièvement blessé, se laissa faire et alla se cacher dans son trou.

A quelque temps de là, le sage repassa par ce chemin et chercha le serpent mais en vain. Les enfants lui dirent que l’animal était mort, mais il ne put pas les croire. I1 savait en effet que le nom de Dieu a une telle puissance qu’on ne saurait en aucun cas mourir avant d’avoir résolu le problème de la vie, c’est-à-dire avant d’avoir réalisé Dieu. Il continua donc d’appeler le cobra. Finalement, celui-ci, qui était presque réduit à l’état de squelette, sortit de son trou et s’inclina devant son maître.Personne n’osait passer dans un chemin où un serpent venimeux avait élu domicile. 

– Comment vas-tu, demanda le sage ?

– Fort bien, Seigneur, merci ; par la grâce de Dieu tout va bien.

– Mais pourquoi es-tu dans cet état ?

– Conformément à tes instructions je cherche à ne plus faire de mal à aucune créature ; Je me nourris maintenant de feuilles. C’est pourquoi j’ai un peu maigri.

– Ce n’est pas le changement de régime qui a suffi â te mettre dans cet état. I1 doit y avoir autre chose. Réfléchis un peu !

– Ah ! Oui ! Je me rappelle. Les petits bergers ont été un peu durs pour moi un jour. Ils m’ont pris par la queue et m’ont fait tournoyer, me frappant contre des pierres. Les pauvres petits ne savaient pas que je ne les mordrais plus !

Le sage répondit en souriant : « Pauvre ami, je t’ai recommandé de ne mordre personne, mais je ne t’ai pas défendu de siffler pour éloigner les persécuteurs et les tenir en respect. »

De même, vous qui vivez dans le monde ne blessez personne, mais ne laissez non plus personne vous molester. 

Paroles de RAMAKRISHNA

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