Transcription de la visioconférence Le Cœur dans tous ses états, du samedi 20 juin 2020, troisième partie.

Le prochain sujet qui nous intéresse est la méditation du cœur, mais suivant la méditation hésychaste qui est la méditation des chrétiens orthodoxes, notamment grecs, et qui est en lien avec le Mont Athos. (Je vous donnerai les références à la fin de mon intervention comme la dernière fois, les différents livres qui m’ont servi.)

Un jeune homme vient voir le père Séraphin et lui dit : « J’aimerais connaître la prière de Jésus. » Vous savez que les orthodoxes, dans la philocalie, aspirent à la prière continue, ça c’est le souvenir constant. Pour arriver à la prière, on commence par la prière « Kyrie eleison. » (Il y a plusieurs traductions, c’est « Seigneur, prend pitié. » ou « Seigneur, viens en moi. » ou celle de Saint Thomas que j’aime bien : « Mon Seigneur, mon Dieu. », on garde « Kyrie eleison. », c’est plus facile.) Au début, on le dit à haute voix. Comme dans toutes choses, on a des chapelets, on en fait des milliers parce qu’on doit être constamment en présence de Dieu ou de Jésus. Puis on se dit :« Mais non, cette prière il faut la faire dans le cœur. » Alors la personne la fait dans le cœur. Après on se dit :« Mais non, elle doit se faire toute seule. », et elle se fait toute seule. Après, elle est silence, c’est le langage de Dieu. La Présence est là. On est en Présence.

Donc ce jeune homme va rencontrer le père Séraphin et lui dit : « J’aimerais faire la prière de Jésus. »
– « Ouh là, là…, dit le père Séraphin qui était très coquin, on ne commence pas comme cela. D’abord, tu vas apprendre à prier, non, à méditer comme une montagne. »
Le jeune homme dit : « Comment, comme une montagne ? »
– « Eh bien ! tu vas demander au rocher qui est là, demande-lui comment on fait pour méditer comme une montagne. »

Là c’est très intéressant parce que la prière du cœur apprend à méditer comme une montagne, c’est-à-dire qu’on a un enracinement, on s’asseoit comme une montagne, on est stable, on est lourd de Présence. Babuji en parlait, il disait dans la maxime n° 1 : « Asseyez-vous, prenez une position confortable et soyez immobile. » C’est l’état de tam où tout en vous se replie sur l’intérieur. C’est pour cela que, par exemple, les yogis prennent la posture de padmasana, c’est-à-dire le lotus. Pour les « un peu moins yogis », c’est les jambes croisées, et pour les encore « moins, moins yogis » dont je fais partie maintenant, c’est un siège confortable qui permet de rester droit, d’avoir la colonne vertébrale plutôt droite.

Nous, on a tendance à avoir la tête qui plonge vers le cœur puisqu’on va vers le cœur. On peut regarder les postures du zazen, des bouddhistes chán. Les bouddhistes, en général, ont une rectitude, ils sont dans la Présence, ils sont vraiment l’expression de la manifestation de la méditation de la montagne. Et on voit que cela donne de très beaux résultats. Mais ce qui est intéressant c’est que quand on médite comme une montagne, la notion de temps disparaît. La montagne n’a pas le même temps que nous. Cela donne cette sensation d’éternité. Cette posture, cette position est une façon de méditer qui nous apprend à être, tout simplement.

Vous savez ce qu’on dit de Dieu : « Dieu est simple, Il est. » On l’a vu tout à l’heure, Il est au centre de toutes choses, même de la cellule. Donc méditer comme une montagne, c’est modifier le rythme de ses pensées. Plus de jugement. La montagne permet que tout existe sur elle, sans rien dire. Donc l’enracinement, c’est « Atteindre la stabilité des montagnes, mais son but n’est pas de faire de toi une souche morte, mais un homme vivant. », dit le père Séraphin, une fois que le jeune homme a réussi à atteindre cette méditation de la montagne.

Il dit ensuite : « Maintenant, tu vas apprendre à méditer comme un coquelicot, mais sans oublier la montagne. »
Le coquelicot se tourne vers le soleil, se tourne vers la lumière, au plus profond de notre être. Il a une tige toute droite, très souple, qui va varier en fonction du vent. Mais que nous enseigne le coquelicot ?
– La fugacité, la fragilité qui entraînent une très grande humilité. Le coquelicot nous apprend à fleurir puis à faner.

La montagne lui avait enseigné le sens de l’éternité et le coquelicot lui a enseigné la fragilité du temps. Je cite : « Méditer c’est connaître l’éternité dans la fugacité de l’instant, un instant droit, bien orienté. C’est fleurir dans le temps qui nous est donné de fleurir, aimer le temps qui nous est donné d’aimer. » Donc c’est cela aussi : comment vivre l’instant présent, comment vivre en Dieu ?
– C’est vivre chaque instant comme ce coquelicot, cette montagne.

Ensuite, il lui est proposé de méditer comme l’océan. « La goutte gardait son identité et pourtant elle savait être une avec l’océan. » Donc l’océan représente vraiment l’unicité que nous avons vue la dernière fois. C’est ce que nous sommes, c’est le côté un peu éphémère, ce sont les vagues. Nous nous identifions à la vague : « Moi je suis une grande vague, une vague qui a démarré très loin ; les gens font du surf sur moi, etc., etc. » Mais finalement lorsque la vague retourne dans l’océan, elle est l’océan. C’est ce qui se passe quand nous méditons, nous avons l’agitation, l’écume mentale, les identifications, nos problèmes, etc., qui sont là. Et quand nous méditons, nous rentrons dans la profondeur de l’océan et notre identité est aussi cela. C’est cela. L’intérêt, c’est qu’il y a moins de vagues. On vous a donné dans les techniques Heartfulness, les microtechniques, arriver à se rendre compte qu’il y a des vagues en surface puis entrer dans la profondeur de l’océan pour pouvoir méditer.

Après, la difficulté avec cette idée de vague c’est que c’est tellement éphémère qu’on a du mal à s’identifier. C’est pour cela que j’ai écrit un texte, La rivière et l’océan, qui permet de comprendre. A un moment donné, il y a une phrase qui dit : « Quand la rivière se jette dans l’océan, elle perd son nom. » Donc elle s’est unie à l’océan, mais la rivière continue à couler. En chemin, elle fait ce qu’elle fait (je ne vais pas le décrire), mais que se passe-t-il ?
– La conscience est différente. Là encore on parle des niveaux de conscience, de l’expansion de conscience. Quand votre conscience est océanique, même quand vous coulez dans votre rivière, vous êtes l’océan, vous êtes l’eau. Alors que nous, nous nous identifions à notre âge, où nous en sommes, au début de la rivière ou au delta, ou à ce que nous faisons, aux terres que nous irriguons, à nos actions, etc. Oui, cela continue à être. C’est pour cela qu’on est à la fois dans la conscience de l’océan et dans notre vie. Sauf que l’identification se fait à l’océan et c’est l’océan qui agit à ce moment-là. On dit alors que c’est Dieu qui agit à travers nous (c’est l’unité dans la diversité). En fait, on agit, on fait le plan de Dieu sans le connaître. C’est cela l’intérêt de l’océan. Je ne vais pas continuer longtemps sur l’océan parce que le temps court. Donc, rentrons en profondeur, il n’y a plus de temps.

Après je vais passer rapidement parce qu’il lui dit qu’il faut méditer comme un oiseau, ce qui permet de dire le nom de Dieu, le fameux « Kyrie eleison. »

Après, il propose de méditer comme un prophète. Un prophète est quelqu’un qui s’est effacé pour laisser la place totalement à Dieu, donc il y a tout ce travail qui est fait. Et là ce que je trouve très intéressant (on avait parlé de cela la dernière fois : pralaya, fanâ, fanâ al fanâ, etc.) c’est qu’ils sont en route et ils sont « la connexion ». Et c’est pour cela qu’ils sont aussi des guides, les guides des hommes, notre guide intérieur. Méditer comme un prophète, c’est retrouver le maître intérieur ou le prophète ou le messie, ou celui qui va vous guider.

A la fin, le jeune homme dit : « Mais moi je suis venu pour prier comme Jésus. »
– « Ça, je suis désolé, je ne peux pas te l’apprendre, il n’y a que Dieu qui peut te l’apprendre. »

De nouveau on se rend compte que tout ce que nous faisons ce sont des préparations car, au final – c’est ce qui est dit par les mystiques – c’est Dieu qui se rencontre en Lui-même. C’est une expérience à faire, mais tout ce que nous faisons est une préparation, puis la révélation vient de l’intérieur. Comme on l’avait vu la dernière fois, notre nature, notre origine est divine dont nous sommes déjà porteurs. C’est cela l’idée d’Adam qui est l’être universel. Il a tout ce qui est Dieu, toutes les qualités de Dieu, tous les attributs de Dieu, tous les noms de Dieu, tous les pouvoirs de Dieu, etc. Et ça n’est révélé que par le Divin en nous.

Je lis : « Cela ce n’est que l’Esprit Saint qui peut te l’enseigner. […] Et cela c’est l’œuvre de l’Esprit Saint, il te rappellera tout ce que Jésus a dit. L’Évangile deviendra vivant en toi, il t’apprendra à prier comme il faut. » Et dans ce sens-là Jésus représente l’homme cosmique, l’Être universel. Pour finir cette partie de l’exposé, je vous donne une petite phrase de Saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi. »

Quelques années après, ce jeune homme dit : « J’essayais simplement d’aimer Dieu, instant après instant, et de marcher dans Sa présence. » Tout ça pour ça ! Mais bon, c’est extraordinaire quand cela survient. C’est une véritable initiation.

Si on faisait une micro-pratique de nouveau ?

Fermez les yeux. (Pause.)
Laissez-vous absorber par la Lumière divine dans votre cœur au plus profond de votre être. (Pause, méditation.)
Tout doucement, vous allez revenir en surface tout en gardant ce contact avec la grande profondeur de votre être.

A suivre…

Théophile l’Ancien
Extrait de Causeries
Visioconférences

Enregistrement vidéo de la conférence

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